Dans un contexte économique et environnemental tendu, la France fait aujourd’hui face à une crise larvée du logement. Les professionnels du secteur tirent la sonnette d’alarme sur les risques d’une baisse drastique de l’offre locative, dans le neuf comme dans l’ancien.
Avec une majorité de propriétaires particuliers, instaurer un statut du bailleur privé, à même de pérenniser son action, devra être l’une des priorités du nouveau ministre du Logement.
En effet, un important déséquilibre se creuse sur le marché de l’immobilier locatif. Dans le neuf, la pénurie est endémique. Les chiffres publiés par la Fédération des promoteurs immobiliers en mai dernier font état d’une chute de la production de 30,5 % entre le premier trimestre 2022 et le premier trimestre 2021. Confrontés à la hausse des coûts, à une pénurie de main-d’œuvre, et à des élus rétifs aux projets de construction, les promoteurs réduisent leurs lancements de programmes.
Dans l’ancien, le marché fait face à la sortie des logements les plus énergivores du parc locatif consécutivement à la loi Climat et Résilience (2021). Selon l’Observatoire national de la rénovation énergétique (ONRE), 5,2 millions de « passoires thermiques » seront interdites à la location d’ici à 2028. Cette obsolescence programmée est un défi sans précédent pour le marché.
En France, l’offre locative repose sur deux types d’acteurs. D’un côté, les bailleurs sociaux ou spécialistes du logement intermédiaire qui gèrent un parc dont l’accès est soumis à un ensemble de conditions pour les ménages et de contraintes pour les opérateurs. De l’autre côté, les bailleurs privés, à 97 % des particuliers, qui contrôlent 7 millions de logements. Dans les faits, ils sont le premier bailleur de France.
Maintenir un parc locatif privé abondant repose sur la dynamique de l’investissement des particuliers, sensibles à une fiscalité stable et à un équilibre dans les relations avec les locataires. Or, ces dernières années, le bailleur privé s’est vu malmené à travers différentes mesures, comme le plafonnement des loyers dans les zones tendues, l’encadrement mis en place dans certaines grandes vil les ou le resserrement des conditions d’éligibilité du dispositif Pinel.
Par ailleurs, l’immobilier supporte une fiscalité plus contraignante que les autres placements. La suppression de l’ISF et l’instauration de l’IFI a été un coup dur pour les propriétaires bailleurs, dont l’image a été ternie et fragilisée au profit des détenteurs de produits financiers ou mobiliers.
La relance de l’offre locative pourrait être dynamisée par l’établissement d’un véritable statut du bailleur privé, acteur économique essentiel, avec une fiscalité simplifiée et efficace.
Appliquer un principe d’amortisse ment, dépendant du niveau de loyer exigé et de la durée du bail serait une première démarche facile à mettre en place. Ainsi, plus le loyer serait attractif et l’engagement long, plus l’amortisse ment serait important. Par ailleurs, améliorer la déductibilité des déficits fonciers sur le revenu global – le plafond annuel de 10.700 euros n’a pas été réévalué depuis trente ans – permettrait d’encourager l’investissement et d’accompagner les nécessaires travaux de rénovation énergétique.
Enfin, une réflexion sur l’équilibre des rapports entre bailleurs et locataires devra être engagée.
Mais, plus important encore que ces réformes de fond, il faut avant tout de rassurer les investisseurs sur le temps long. Le cadre légal et fiscal ne peut pas être remis en cause à chaque nouvelle loi de finances et à chaque changement de ministre.
L’État ne peut plus ignorer les tensions qui règnent sur le marché du logement. Il y a urgence à agir pour relancer l’investissement locatif, en reconnaissant que l’immobilier est un secteur créateur de valeur auquel participent les bailleurs privés.
– Stéphane IMOWICZ, Président d’IKORY pour Les Echos